Ecrans et télévision: les effets néfastes d’une mauvaise utilisation

kidipapa infographie 7 mefaits television

On l’appelle la « nounou du pauvre ». Je ne parle pas d’une assistante maternelle qui prendrait 35 centimes d’euro de l’heure(*), mais bien de la télévision si chère aux yeux de notre société ! 📺

Le développement psychomoteur d’un enfant passe par l’interaction avec l’objet et l’humain. Devant un programme de télévision, l’enfant est passif, capté (je dirais même hypnotisé) par des images qu’il ne décode pas. Non, la télévision ne peut en aucun cas jouer un rôle de baby-sitter. Pire, elle peut même être source d’anxiété chez l’enfant et être responsable d’une baisse de l’attention et d’un retard du développement psychomoteur.

Pour la suite de cet article j’utiliserai le terme « écran » qui regroupe la télévision, les ordinateurs, les tablettes et les smartphones. On sait tous quelle place sont en train de prendre ses technologies au détriment de la télévision même. 📺🖥📱

 

Une source d’anxiété

En plaçant notre enfant, bien installé devant l’écran afin de l’occuper ou de le calmer, nous le soumettons en fait à des stimuli largement supérieurs aux stimulations sensorielles habituelles de la vie quotidienne. Des couleurs et des sons intenses et un rythme rapide des images captent son attention mais ne font pas sens pour lui. Il est intérieurement bouleversé. L’apparente tranquillité de l’enfant dissimule en fait une forte agitation interne qui peut d’ailleurs se manifester dès que l’écran s’éteint.

Quand votre enfant regarde un écran, tout ce qu’il ne comprend pas, ce qu’il ne parvient pas à interpréter, les images violentes… le perturbent et créent chez lui de l’anxiété. D’ailleurs j’ai personnellement du mal à comprendre le fonctionnement de la Commission de Classification des films, vous savez, les fameux interdit au moins de 10ans, de 12ans, de 16ans… je trouve que la violence à la télé et de plus en plus banalisée. A moins que je ne sois devenu un garçon trop sensible ! Mais ça c’est un autre sujet…

Bref, qui dit source d’anxiété dit, à partir d’un certain seuil, troubles du sommeil. Et dans les cas extrêmes une baisse dramatique des émotions face à la violence (comme si l’enfant était anesthésié devant la violence).

 

Un danger pour le développement psychomoteur

Pour se construire un enfant a besoin d’être en interaction avec son environnement. En jouant avec d’autres, en dessinant, en dialoguant, en bougeant dans toutes les dimensions de l’espace. Il utilise aussi ses cinq sens afin de mieux appréhender ce qui l’entoure : il regarde, renifle, touche, manipule les objets, croque, lance, tape et secoue pour faire du bruit. Il a besoin de vivre toutes ces expériences, de consacrer du temps à l’exploration, pour assurer son développement moteur, affectif et intellectuel.

Or, les écrans détournent votre enfant de ces activités. Devant eux il reste passif, spectateur. Il subit et ingurgite sons et images. Il découvre qu’il n’y a pas de réponse à ses sollicitations d’interaction. Captivé par un flux d’informations dont le rythme lui est imposé, il reste en alerte permanente pour comprendre des choses qu’il n’est pas encore capable de comprendre. Il intègre des ressentis et des émotions qu’il ne sait pas interpréter. L’enfant croit ce qu’il voit au risque de confondre fiction et réalité et de s’identifier aux personnages au lieu de s’attacher à de vraies figures humaines.

Cette passivité entraîne une baisse de sa créativité, de sa faculté d’imagination, de sa capacité à rêver. Il ne développe pas son libre-arbitre, sa personnalité propre. Sa concentration et sa notion au temps peuvent être altérées. Le cerveau ne s’organise pas en observant le réel… mais en agissant sur lui.

Pour illustrer ces propos je vous propose d’observer des dessins d’enfants de 5 à 6 ans à qui on a demandé de dessiner un « bonhomme ». Dans une étude de 2006, Winterstein & Jungwirth ont trouvé que la capacité des enfants à réaliser un dessin dépend directement du nombre d’heures passées devant la télévision:

 

kidipapa bonhomme winterstein jungwirth

 

 

Si vous êtes intéressé par ce genre d’études je vous conseille de lire l’ouvrage de Michel Desmurget, chercheur en neurosciences à l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), il a compilé dans son livre « TV lobotomie » des centaines d’études scientifiques décrivant l’impact de la télé sur la société et sur les capacités intellectuelles de l’enfant. Cliquez ici pour vous le procurer.

Ecrans, internet et réseaux sociaux…Quand les introduire près des enfants ?

3-6-9-12: des étapes de la vie et des règles face aux écrans

  • 3 ans, entrée en maternelle, découverte de l’école
  • 6 ans, entrée en CP, apprentissage de la lecture et de l’écriture
  • 9 ans, maîtrise des éléments essentiels que sont la lecture et l’écriture
  • 12 ans, arrivée au collège.

Le psychiatre Serge Tisseron (auteur entre autre du livre « L’intimité surexposée » consacré en 2002 à la première émission de télé réalité Loft Story) s’est servi de ces âges pour établir « la règle 3-6-9-12 » chargée de fixer des repères d’introduction des écrans dans la vie des enfants :

  • Pas de télévision avant 3 ans
  • Pas de console personnelle avant 6 ans
  • Internet après 9 ans
  • Les réseaux sociaux après 12 ans

Quel âge pour les écrans ?

  • Avant 3 ans

Pas de télévision avant 3 ans. L’enfant a besoin d’interagir avec son environnement en utilisant ses 5 sens. Or la télévision est un outil de passivité et il n’existe pas de programme réellement adapté à cet âge. Les écrans sont également à proscrire dans les pièces où jouent les enfants même s’ils ne semblent pas les regarder.

  • Entre 3 et 6 ans

C’est un âge propice pour développer l’imagination, jouer et bricoler avec ses mains. C’est pourquoi les consoles individuelles ne sont pas conseillées à cet âge.

Concernant l’utilisation des écrans tactiles, si l’enfant est accompagné d’un adulte il est possible de le laisser jouer un quart d’heure par jour, à condition que ce temps ne s’ajoute pas à du temps passé devant la télévision ou un ordinateur. Après 4 ans, on pourra autoriser une demi-heure par jour. Il est conseillé à ce titre de proposer des jeux dits éducatifs…

  • Entre 6 et 9 ans

Entre 6 et 9 ans, l’enfant maîtrise peu à peu la lecture et l’écriture. Il découvre aussi les règles du jeu social. Il peut désormais jouer à de nombreux jeux de société et sera curieux de vos activités, vous pouvez commencer à lui expliquer le fonctionnement d’internet par exemple.

  • Après 9 ans

Ce n’est qu’à partir de 9 ans qu’il pourra être initié à Internet toujours sous la surveillance d’un adulte. Il convient de lui rappeler 3 règles essentielles : « tout ce que l’on y met peut tomber dans le domaine public; tout ce que l’on y met y restera éternellement; et tout ce que l’on y trouve est sujet à caution, c’est à dire qu’il ne faut jamais le croire avant d’en avoir la confirmation par d’autres sources ».

  • A partir de 12 ans

Si l’enfant maîtrise internet et ses règles, il peut désormais surfer seul. Il est tout de même conseillé de laisser l’accès à l’ordinateur dans un endroit de la maison avec du passage et surtout de fixer des horaires d’accès. Aussi, pensez à installer un contrôle parental.

 

Vous pouvez télécharger ici un pdf récapitulatif de la règle 3-6-9-12: flyerapprivoiserlesecrans36912

Les écrans sont d’extraordinaires supports de divertissements et d’éducation… mais à condition de les découvrir au BON MOMENT et dans de bonnes conditions.

 

La télévision dans la chambre des enfants

 

Quelles incidences sur le sommeil ?

Une étude parue dans la revue de l’Académie américaine de pédiatrie1 a montré que les enfants qui regardaient beaucoup la télévision, avant de se coucher notamment, étaient enclins aux troubles du sommeil, éprouvaient des difficultés à s’endormir et dormaient moins longtemps. Ces enfants ont aussi une tendance à somnoler en classe. 😴

Selon de récentes études, les tablettes et smartphones auraient également un effet néfaste sur le sommeil des enfants. Il est conseillé de ne pas les laisser dans la chambre de l’enfant durant la nuit et d’interrompre l’utilisation de ces appareils au moins une demi-heure avant le coucher afin qu’il retrouve le calme propice à son endormissement. Et ne négligez pas les problèmes de cyber-harcèlement!

 

Quelles incidences sur leur santé ?

Dans le passé, diverses études avaient déjà montré que la présence d’une télévision dans la chambre d’un enfant augmentait les risques d’obésité et d’agressivité. A partir de 8-9 ans, le grignotage, associé au manque d’exercice, peut entraîner un excès de poids chez votre enfant. Pendant qu’il est devant la télévision, il ne joue pas, ne se dépense pas, alors qu’il a besoin d’exercices physiques pour se développer correctement et libérer son trop plein d’énergie.

L’influence des publicités sur nos enfants :

 

Votre enfant vous réclame le dernier jouet à la mode pour noël, taquine ses camarades qui ont encore la version antérieure de tel jeu vidéo, joue à être tel ou tel super héros, veut s’habiller comme le personnage principal de sa série pour adolescent préférée, ou fume en douce à la sortie de l’école. Qui est responsable de ces scénarios que votre enfant met en scène ? Ni lui, ni nous. Ces scénarios sont distillés chaque année par les médias, ils sont relayés et renforcés par la télévision et le cinéma. Enfermés dans un cadre prédéterminé, les enfants suivent scrupuleusement un script qui bride leur imagination et étouffe leur créativité. Les produits dérivés de dessins animés, de films ou de jeux vidéo sont livrés directement prémâchés dans la tête de nos enfants.

Les jouets mono-fonction du commerce vendus en masse brident la créativité des enfants en ne leur proposant qu’une seule façon de jouer avec. Pourtant dans chaque enfant se cache potentiellement un petit « MacGyver ». Ils sont naturellement doués pour éviter la fixité fonctionnelle !

A quoi une réplique d’un fusil mitrailleur en plastique peut-elle bien servir ? Rien à part faire semblant de tirer avec. A contrario un rouleau en carton de papier essuie-tout peut servir, suivant l’humeur de l’enfant, de fusil mitrailleur, de canne, de trompette, d’armure, d’épée, de tunnel pour petite voiture, de télescope, de bâton de majorette, de fusée… leur imagination est sans limite !

Devant la télévision et les spots publicitaires, les enfants sont à la merci des recommandations des marketeurs professionnels. Comme si ceux-ci déposaient (plus ou moins subtilement) une idée dans les esprits des enfants, à la manière des plus grands prestidigitateurs, en leur faisant croire au final que cette idée naît naturellement en eux (si vous avez vu le film « Inception » avec Leonardo DiCaprio vous voyez à quoi je fais allusion…).

A mesure que les enfants se réduisent à un simple marché, leur santé et leur bien être deviennent secondaires à l’accumulation de capital de grandes multinationales. Il est dommage, je pense, que les plus grands marketeurs de ces grands groupes mettent leurs compétences de la psychologie de l’enfant au service du capitalisme (en exploitant les enfants en tant que consommateurs) au lieu de servir une cause plus noble : Faire comprendre aux enfants les mécanismes de manipulation de la télévision par exemple !

 

 

Pour finir, j’aimerais partager avec vous quelques recommandations de bon sens:

 

  • Pour les enfants de moins de 3 ans, plutôt que les écrans, privilégiez les jouets en trois dimensions pour un bon développement sensori-moteur (comme par exemple des cubes). N’oubliez pas également les vertus de l’histoire du soir avec un bon vieux livre en papier qu’ils pourront manipuler.

 

  • Pour les plus grands, incitez l’autorégulation. Dans l’usage de tous les écrans, l’autorégulation est importante. C’est le rôle des parents de fixer des tranches horaires pour regarder des programmes spécifiques ou permettre l’accès aux écrans tactiles.

 

  • Variez les stimulations. Après avoir passé du temps sur les écrans, incitez votre enfant à changer d’activité en allant jouer dehors, en imaginant un nouveau jeu, en proposant un jeu de société

 

  • Echangez avec lui. Incitez-le à vous raconter ses expériences sur les écrans : son ressenti sur le jeu, ses sentiments après le dessin animé qu’il a regardé… De réels moments de complicité et d’émerveillement peuvent se créer.

 

  • Afin de vous aider à choisir soigneusement le moment, l’émission et la durée du programme… je ne peux que vous conseiller de consulter l’excellent site : www.filmspourenfants.net dans lequel vous trouverez suffisamment d’informations sur une grande quantité de films pour enfants afin que vous puissiez vous faire une idée de leur contenu. Pour chaque film répertorié, le site fait ressortirs les messages sous-jacent et les thèmes mis en avant. Il présente les scènes difficiles, en relevant ce qui peut générer du stress, les images impressionnantes, les liens problématiques entre les personnages ou ce qui peut leur arriver de dangereux.

 

  • Essayez de montrer l’exemple, car l’éducation passe avant tout par l’imitation.

Un adulte regarde 221 fois son smartphone et l’utilise 3h16 en moyenne par jour2

50 % des parents avouent se laisser distraire durant leurs échanges avec leur enfant3

36 % des parents l’utilisent pendant les repas, 28 % quand ils jouent avec les petits3.

Il va donc s’agir de changer nos habitudes pour que smartphones et tablettes ne viennent pas s’immiscer dans la relation qui se construit entre les parents et leurs enfants.

Ce qu’il faut retenir:

  • La télévision est déconseillée par les spécialistes avant 3 ans.
  • Le temps que votre enfant passe devant la télévision reste du temps qu’il ne passe pas à progresser.
  • La télévision peut être support de rêves et d’échanges à condition que vous la contrôliez, et à petite dose.
  • La télévision baby-sitter laissant l’enfant seul, passif, voire face à des programmes inadaptés : NON !

 

La télé c’est bien si on sait comment l’éteindre…

kidipapa telecommande

Kidipapa

Notes:

(*) 😁Prix horaire de la « nounou télévisuelle du pauvre » :

Dans l’hypothèse farfelue où nous « engageons » notre télé pour qu’elle garde notre enfant. Prenons un prix moyen des téléviseurs de 444 euros (en augmentation grâce à la technologie OLED !😋) et un coût de la redevance audiovisuelle en métropole de 139 euros. Admettons également que nous fassions garder notre enfant 35h par semaine durant 47 semaines sur l’année. Nous obtenons un prix horaire de garde de : (444+139)/(35*47)= 583/1645= 0,3544 euros ! (Sans compter les indemnités de repas et d’entretien qui se rajoutent…😉)

 

Sources

[1]: Owens Judith et coll., PEDIATRICS, vol. 104 : p. e27, 1999

[2]: « Teckmark survey finds average user picks up their phone 221 times a day », Teckmark – 2014

[3]: Sondage réalisé par AVG technologies – 2015


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